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Courrier de l’environnement de l’INRA n° 54, septembre 2007
Jared Diamond
Effondrement
Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie
Traduction de A. Botz et J.L. Fidel, Gallimard, 2006, 648 p.
Cet ouvrage propose une analyse historique de la disparition de sociétés plus ou moins lointaines, en
divers points du globe. Il aborde plus particulièrement la question sous son angle environnemental et
démontre comment, plusieurs fois déjà au cours de l’histoire, une mauvaise gestion par les sociétés de
leur milieu a pu conduire à leur effondrement, ou du moins leur faire courir ce risque.
L’auteur, Jared Diamond, physiologiste et géographe à l’université de Californie, est également
écrivain et vulgarisateur. Son expérience, riche et variée – hier dans de grandes sociétés exploitant des
ressources naturelles, aujourd’hui de responsable de la branche américaine du World Wildlife Fund –
combine deux mondes qui tendent trop souvent à s’opposer sur la question de l’environnement.
Dans le contexte actuel – fortes préoccupations concernant la protection de l’environnement à
l’échelle de la planète entière, prise de conscience de données telles que le changement climatique qui
semble se généraliser, mesures nécessaires qui peinent à s’inscrire dans un véritable mouvement de
fond et de longue durée – l’objectif de l’auteur est de « mettre en lumière le rôle que peuvent jouer
certaines variables dans l’effondrement des sociétés » en se fondant sur une méthode comparative
ainsi qu’une grille de lecture à cinq entrées. Une dizaine de sociétés, des Anasazis à la Chine montante
du XXIe siècle, en passant par les Mayas et Vikings, sont, suite à une description précise de leurs
caractéristiques principales, analysées à partir de cinq critères : dommages environnementaux,
changement climatique, hostilité des voisins, relations avec les partenaires commerciaux, réponse
apportée aux problèmes environnementaux. La plus grande partie de l’ouvrage consiste ainsi à mettre
en évidence le lien qui existe entre la survie ou non de sociétés très diverses et leur environnement.
La force de la démonstration réside notamment dans la précision des études et données citées, ainsi
que dans la modération du propos, loin d’une critique simpliste. Déforestation, sécheresse, rapports
conflictuels intérieurs au sein de l’empire Maya sont par exemple quelques-unes des données utilisées
par Diamond pour tenter de comprendre leur disparition.
À partir de ces exemples, l’auteur élargit son étude à la situation du monde contemporain, soulignant
les parallélismes nombreux entre les obstacles actuellement rencontrés et ceux auxquels furent
confrontées des sociétés il y a parfois deux mille ans. Nous invitant à utiliser la connaissance de
civilisations anciennes pour régler nos propres problèmes, cet ouvrage fait le point sur les différentes
démarches possibles pour qu’une société assure sa pérennité, sur les causes qui peuvent engendrer son
effondrement, mais aussi sur le rôle que peuvent aujourd’hui jouer les entreprises dans la préservation
de notre milieu, face aux douze grandes menaces recensées par l’auteur.
Pour finir, l’ouvrage dément certaines opinions qui tendent à minimiser le risque environnemental
menaçant la Terre. Il se permet pourtant quelques notes d’optimisme – après 600 pages réellement
alarmantes.
Que retenir de cet ouvrage ?
Tout d’abord, concernant ce qui permet de surmonter une épreuve (laquelle peut lier plusieurs facteurs
de la grille d’étude), l’auteur distingue deux approches (chap. 8). D’un côté, l’approche « bottom up »,
permet à des groupes humains relativement restreints de percevoir l’importance de remédier à un
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problème, chaque particulier ayant directement conscience de retirer un avantage du fait de changer
son type de comportement. Appliqué à de petites îles du Pacifique comme Tikopia ou l’archipel des
Tonga, ceci a permis la préservation de sociétés pourtant confrontées aux mêmes menaces que les
Pascuans, qui eux n’ont pas survécu, nous y reviendrons.
D’un autre côté, l’approche parfaitement opposée, de type « top down », a été fructueuse pour des
sociétés de taille plus importante, jouissant d’une organisation politique réellement structurée. Dans le
Japon de l’ère Tokugawa (1603-1867), par exemple, le pouvoir du shogunat, lorsqu’il a pris
conscience de la déforestation massive en cours, a inversé la tendance en déployant des outils
juridiques à chaque étage de la hiérarchie sociale et politique du pays. Des normes précises ont été
appliquées à la coupe du bois, à son transport, au type de construction des villes ; le pays s’est ouvert
au commerce extérieur et a développé la pêche pour diversifier ses ressources alimentaires et alléger la
pression sur les forêts… Cette approche a de surcroît permis de faire prendre conscience à chacun de
la nécessité de changer de comportement, malgré le nombre élevé de personnes concernées, ceci se
traduisant notamment par une auto-limitation de la population.
À l’inverse, le chapitre 14 est consacré aux décisions catastrophiques que peuvent parfois prendre les
sociétés. D’abord, un groupe peut échouer à anticiper, le manque d’expérience faisant qu’il n’est pas
sensibilisé à la survenue d’un problème – comme, peut-être, les Mayas qui ne disposaient pas de
science en rapport avec les conséquences de la déforestation. Le groupe peut aussi avoir oublié des
situations similaires très antérieures – comme les Anasazis qui ne maîtrisaient pas l’écriture ; il peut
encore se fier à de mauvaises analogies – comme les Vikings s’installant en Islande et croyant déjà
connaître un environnement nettement plus fragile de celui d’origine. Ensuite, quand le problème
survient, le groupe peut ne pas le percevoir : dans les îles de Magareva, on introduisit certaines
cultures qui épuisèrent totalement le sol pourtant en apparence capable d’engendrer une végétation
tout à fait luxuriante. Cette mauvaise appréciation peut tenir à diverses causes : distance des
gestionnaires au problème recensé ; tendance à la fluctuation des phénomènes, comme le
réchauffement climatique actuellement, ou la sécheresse, pour les Mayas et Anasazis ; oubli des
transformations dues à l’influence de l’homme. De plus, lorsqu’il l’a enfin perçu, l’homme peut
échouer à résoudre le problème, par égoïsme et du fait de conflits d’intérêts, par manque de projection
à long terme et de recul face à l’immédiateté de la question (comme au Rwanda, à Haïti, qui
demeurent pauvres car le souci principal des populations est de pouvoir se nourrir), du fait de
l’existence de conflits de valeurs (par exemple religieuses à l’île de Pâques), de décisions prises en
groupe de façon irrationnelle, en situation de stress ou d’intense pression, enfin par déni d’origine
psychologique – en évacuant le problème s’il suscite de la crainte. Pour finir l’homme peut essayer de
résoudre le problème mais échouer, ses efforts étant trop coûteux ou trop tardifs.
L’auteur propose, en ouverture du chapitre 16, une liste des douze maux dont souffre notre propre
société, lesquels sont tous étroitement imbriqués et d’une égale importance selon lui :
– la destruction des habitats naturels pour en faire des zones artificielles, avec pour conséquences des
incendies, un manque de matières premières, des difficultés de stockage des eaux ;
– l’importance des aliments sauvages dans les apports de protéines chez l’homme, comme le poisson,
la pêche étant gérée de façon non durable ;
– la perte, déjà avérée, de beaucoup de biodiversité (or chaque espèce fournit au système un service
qu’il nous sera coûteux ou impossible à remplacer dans le futur si elle disparaît) ;
– l’érosion et la dégradation des sols (or la population en perpétuelle croissance démographique devra
être nourrie) ;
– l’excès d’utilisation des énergies fossiles, rares ;
– la consommation excessive d’eau douce, indispensable à la vie ;
– l’existence d’un plafond de photosynthèse, lié au climat, qui tend à se dégrader ;
– les dégagements de produits toxiques à lente dégradation dans différents milieux terrestres, d’où des
malformations chez certaines espèces, des effets endocrinologiques ;
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– les conflits entre des « espèces étrangères », déplacées d’un endroit de la planète à l’autre par les
hommes, et des espèces autochtones qui parfois ne survivent pas à la concurrence pour se procurer les
nutriments ;
– les émissions de gaz qui détruisent la couche d’ozone et produisent un réchauffement global ;